
Film étonnant que ce JCVD, les initiales de ce sacré belge Jean-Claude
Varenberg alias Van Damme qui joue ici son propre rôle. Bien que l'histoire soit fictive (le hold-up d'une Poste Belge dont notre acteur se retrouve impliqué), JCVD, l'homme, n'hésite pas à se
mettre complètement à nue et exposer à vif ses énormes blessures mentales. Son divorce, la perte de la garde de sa fille, ses problèmes d'argent, sa réputation de clown complètement allumé, le
choix de ses films plus que discutable... En à peine une heure et demi, je vous garantie que votre regard sur Jean Claude Van Damme va complètement changer. Il y a bien un être humain derrière la
star, avec ses défauts, ses bourdes mais aussi avec sa foie de toujours bien faire pour lui, pour le public et surtout pour sa famille.
Ce film réussit un double exploit : celui de réhabiliter JCVD en tant qu'acteur (oui JCVD sait jouer la comédie et n'est pas qu'un action man démodé) mais aussi en tant qu'homme (non, ce n'est
pas forcément l'abruti qu'on a l'habitude de voir dans ses interviews sous acide). Ces deux réabilitations sont par ailleurs représentées par deux plans séquences hallucinants de maitrise et de
jeu. L'introduction avec le premier plan séquence est fabuleuse nous dévoile un JCVD en train de dezinguer à tout va de manière absolument caricaturale mais pourtant avec grand talent (mine de
rien, à presque 50 ans, JCVD sait encore faire parler son physique !). Le deuxième plan séquence est un long monolgue de notre JCVD où il se dévoile complètement devant dieu et devant nous et
expose toute ses souffrances de simple mortel. Aussi incroyable que cela puisse être, malgré son phrasé toujours aussi particulier, on comprend enfin ce qu'il veut exprimer et c'est limite avec
les larmes aux yeux qu'on cesse de rire de lui et qu'on commence à l'écouter en silence. Non, on ne rigole plus. Même quand on apprend que Steven Seagal lui a soufflé un nouveau rôle (l'affront
ultime !).
Mais la réussite du film ne tient pas qu'à JCVD mais bien aussi à son réalisateur Mabrouk El Mechri qui montre tout son savoir faire technique de metteur en scène. Durant les plan-séquences bien
sûr, mais aussi durant chaque plan travaillé sans toute fois sembler tape à l'oeil et prétentieux (c'est rare et difficile, bravo !). L'excellent montage dévoilant plusieurs points de vue
et montrant qu'il ne faut toujours se fier aux apparence sont la grande leçon du film. La photo au ton sépia contribue enfin à la réussite technique du long métrage.
Bien que l'intéret du film demeure avant tout dans la précense de JCVD jouant son propre rôle, le scénario demeure de qualité. L'influence d'
Un après-midi de chien de Sydney Lumet est
évidente. Comment d'ailleurs ne pas voir l'hommage rendu au regretté John Cazale au travers du look de Zinedine Soualem (acteur fétiche et génial de Cédric Klapish). Tout comme dans le chef
d'oeuvre de Lumet, le film semble plus partir vers la comédie avant de se terminer en drame humain. Soulignons aussi la grande qualité de tous les acteurs, avec une mention spéciale pour Karim
Belkhadra, très touchant dans le rôle d'un braqueur fan absolu de JCVD (son dialogue avec ce dernier à propos de John Woo est hilarant et sonne tellement juste !).
Vous l'aurez compris, j'ai eu un véritable coup de coeur pour ce film qui nous change un peu de toutes les bouses, suites, remake (rayez les mentions inutiles) qu'on nous sert de plus en plus ces
derniers temps. Quel dommage qu'il n'ait pas connu le succés escompté ! Le film, mal vendu, était sans doute un peu trop intelligent pour le public actuel qui s'attendait à tout sauf à ça.
Espérons maintenant que la sortie DVD permette au film de se faire connaître et que son réalisateur si talentueux fasse une belle carrière dans le cinéma. Quant à Jean-Claude, on ne peut
qu'espérer qu'il tourne plus en Europe et qu'on lui faisse un peu plus confiance pour lui confier des rôles différents.
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