La scène d'introduction du film de Sergio Corbucci est tout simplement magnifique. Dans celle-ci, la femme de Jack Le Noir ne cite que de titres de Westerns Italiens (à quelques exceptions près)
afin de donner un monologue certes quelque peu surréaliste mais totalement cohérent. La version française s'en sort plutôt bien mais doit faire face à pas mal de changements.
Je vous ai traduit littéralement la version italienne. Les phrases perdent de leur sens traduit ainsi et ça fait un peu charabia mais on comprend le sens premier. Je vous ai mis des annotations
pour les titres qui peuvent poser problème en français et une petite analyse juste après.
VERSION ITALIENNE :
- Per un pugno di dollari, per un miserabile pugno di dollari, che non sono neanche tuoi, devi già ripartire? Almeno lo facessi per qualche
dollaro in più, e invece, vamos a matar compañeros, sempre in giro con il buono, il brutto e il cattivo tempo. Giù la
testa, caro… Sei alla resa dei conti, ormai. Chi sono io, per te? Nessuno, ecco, il mio nome è nessuno. Tu devi metterti
faccia a faccia con le tue responsabilità. Per queste creature ti danno un dollaro a testa, sei il mercenario peggio
pagato di tutto il Texas, cangaceiro, e noi siamo il mucchio selvaggio… Ma tu non vali nemmeno un dollaro bucato, e
prima o poi finirai come quel bounty killer del Minnesota, Clay era il suo nome, ma poi lo chiamarono il magnifico… però ricordatelo,
c’era una volta il west che dicevi tu: oggi, anche gli angeli mangiano fagioli. Ma sì, corri uomo, corri!
Altrimenti, ci arrabbiamo sul serio, e se Dio perdona, io no, perciò datti da fare, capito? E tu smettila di fare il bestione! Vergognati,
vergognati di fare vivere i tuoi bambini come dei barboni. Leone, questo devi diventare, se vuoi fare la rivoluzione nel mondo del west".
- Ma che c’entriamo noi con la rivoluzione ?
- Avete sentito? Tanto di Ringo o di Django, sono sempre io che me lo piango ...
TRADUCTION FRANCAISE :
- Pour une poignée de dollars, pour une misérable poignée de dollars qui ne t'appartient même pas, il faut déjà que tu repartes ? Si tu le faisais au moins
pour quelques dollars de plus mais au lieu de ça c'est vamos a matar compañeros (1) ! Toujours à te ballader malgré le bon, le
vilain et le mauvais (2) temps. Baisse la tête (3) chéri... C'est le règlement de comptes (4) désormais. Qui suis-je pour toi ?
Personne, voilà ! Mon nom est Personne ! Tu dois te mettre face à face (5) avec tes responsabilités. Pour tes enfants, ils ne te donnent
qu'un dollar par tête (6), tu es le mercenaire (7) le plus mal payé de tout le Texas, cangaçerio ! (8) Et nous nous
ne sommes qu'une horde sauvage... Tu ne vaux même pas un dollar troué, et tu finiras un jour comme ce chasseur de prime du
Minnesotta, Clay (9) qu'il s'appelait et maintenant on l'appelle El Magnifico (10)... Mais souviens-toi, il
existait une fois l'ouest (11) dont tu parlais : aujourd'hui les anges aussi mangent des fayots. Mais oui, courre bonhomme, courre
! (12) Attention on va se fâcher pour de bon et si Dieu pardonne, moi pas, alors fais un effort, compris ? Et toi, arrête de
faire le cochon ! Quelle honte ! Tu devrais avoir honte de faire vivre tes enfants comme des sans abris (13). Un lion (14), voilà ce que tu
dois devenir si tu veux faire la révolution dans le monde de l'Ouest.
- Mais qu'est-ce que je viens foutre au milieu de cette révolution ?
- Vous avez entendu ? De toutes manières, de Ringo à Django, c'est toujours moi qui trinque !
1/ Vamos a matar Companeros = Companeros
2/ Le bon, le vilain, le mauvais : Il buono, il brutto e il cattivo = Le bon, la brute et le truand
3/ Baisse la tête : Giù la testa = Il était une fois la révolution
4/ Règlement de compte : La resa dei conti = Colorado
5/ Face à face : Faccia à faccia = Le dernier face à face
6/ Un dollar par tête : un dollaro a testa = Navajo Jo
7/ Le Mercenaire : il mercenario = El Mercenario (bien que le film soit parfois également appelé le Mercenaire en français)
8/ Cangaçeiro = O'Cangaçeiro. Le O du titre n'est pas donné en italien non plus.
9/ Minnesota Clay = L'homme du Minnesota
10/ Et ensuite on l'a appellé le magnifique : poi lo chiamarono il magnifico = Et maintenant on l'appelle El Magnifico
11/ Il existait une fois l'ouest : C'era una volta il west = Il était une fois dans l'Ouest
12/ Courre bonhomme, courre : corri uomo corri = Saludos Ombre
13/ Des sans abris : barboni = le réalisateur Enzo Barboni alias E.B. Clutcher, réalisateur de Trinita !
14/ Un lion : Leone = Sergio Leone bien sûr !
Vous pouvez constater que le texte se compose de 24 films et de 2 réalisateurs. Sur les 24 films, 21 sont des titres de westerns italiens. Les trois autres sont un western américain (La horde
sauvage, un film qui doit beaucoup aux westerns italien) et deux comédies (Les anges aussi mangent des fayots et Attention on va se fâcher).
On peut également noter que Sergio Corbucci ne rend pas uniquement hommage aux westerns italiens mais aussi à ses comédiens. Ainsi, on y trouve cinq films avec Tomas Milian, trois avec Giuliano
Gemma et un seul avec Elli Wallach. Dommage que Terence Hill ne faisait pas parti du casting car il y avait quatre films cités avec lui. Pareil pour Franco Nero, acteur fétiche de Corbucci dont
sont cités trois de ses films. Sergio Corbucci s'auto-référence pour sa part avec cinq de ses réalisations, ce qui montre son grand apport au Western Italien. Mais le grand gagnant s'avère être
Sergio Leone dont est cité son nom, ses cinq westerns, ainsi que sa production Mon nom est personne. Pour finir, le dernier des "trois grand Sergio", c'est à dire Sollima voit ses trois
Westerns cités ici. Non vraiment, on ne pouvait rêver plus bel hommage de la part de Sergio Corbucci.
Et maintenant, voici l'adaptation qui a été faite pour la version française :
VERSION FRANCAISE :
- Pour une poignée de dollars, pour une misérable poignée de dollars qui ne t'appartient même pas, il faut déjà que tu repartes. Au moins fais-le pour
quelques dollars de plus ! Mais non, tu vas, tu tires tu reviens (1) et tu ne gagnes rien. Tu te prends pour le bon, la brute et le
truand à la fois ! Tu ne vends pas cher ta peau... Et moi, qu'est-ce que je suis pour toi ? Personne ! Mon nom est Personne. A force de vouloir faire le
malin, tu finiras par creuser ta tombe (2). Et il faudra que tu la creuses, tu ne pourras même pas t'offrir le fossoyeur. Tu es le
mercenaire le plus mal payé de tout le Texas. Planque-toi minable (3) au lieu d'aller traîner sur les routes ! Tu ne vaux rien, rien ! Même pas un
dollar troué ! Et tu finiras comme ce chasseur de prime (4) du Minnesota. Tu sais qui je veux dire ? On l'appelle
Trinita ! Mais il était une fois dans l'Ouest un dicton qui disait "Même les anges mangent des fayots" (5). Allez ça va, fiche le
camps ! Disparais sinon je vais me facher sérieusement ! Et si Dieu pardonne, moi pas ! Alors fous le camps, tu ne vaux même pas la corde pour te
pendre (6). Si c'est pas honteux pour un père de famille de laisser ses enfants mourir de faim... Sergio, Leone, mangez ! Méfie-toi, il était
une fois la révolution et elle pourrait très bien recommencer.
- Me casse pas les pieds avec ta révolution.
- Vous l'avez entendu ? Gédéon arrive, préparez vos cerceuils ! (7)
1/ Le film s'appelle en fait "Je vais, je tire, je reviens".
2/ Cela peut représenter plusieurs films comme par exemple : "Creuse ta tombe Garringo, Sabata revient" ou encore "Prie et creuse ta tombe"
3/ Il s'agit sans doute de "Planque-toi minable, Trinita arrive" qui contrairement à ce que son nom indique n'est pas du tout un film de Trinita avec Terence Hill. Et cette fois-ci, on
ne peut pas accuser les distributeurs français car le Trinita est bien inclue dans le titre italien. Vous avez dit opportunistes ?
4/ Il existe un film nommé "Le chasseur de prime" datant de 1965 et qui est américain. On peut donc considérer qu'il s'agit bien d'un titre de film même si ce n'est plus "L'Homme du
Minnesota" à laquelle fait référence la VO.
5/ Le titre français du film est en réalité "Les anges aussi mangent des fayots". On pardonne l'erreur.
6/ Il s'agit probablement du film "Une corde pour te pendre", un western américain de 1951.
7/ Il s'agit cette fois d'un détournement de "Django arrive, préparez vos cerceuils ! " qui a d'ailleurs été rebaptisé en France par la suite en "Trinita arrive, préparez vos
cerceuils !" car son interprète principal était Terence Hill et que Trinita étaient désormais plus populaire que Django... Bref, Django, Trinita ou Gédéon, l'important c'est qu'il va y avoir
des morts !
Comme on peut le constater, le texte est un peu plus laborieux que celui de la version originale. D'une part, les références sont moindres (on passe de 26 à 18) mais en plus les titres sont la
plupart du temps incomplets ou déformés. Bien que l'adaptation tente de citer les mêmes films qu'en Italien, ce n'est pas toujours possible et du coup, de nombreux autres, souvent moins
prestigieux, sont cités. Il faut également noter qu'on cite désormais quelques westerns américains mais pas la horde sauvage de la VO.
On peut tout de même constater que Sergio Leone reste le très grand vainqueur de cette adaptation puisqu'ici aussi, son nom et prénom sont cités, que tous ses westerns sont présents ainsi que sa
production "Mon nom est Personne" ! On voit vraiment qu'en France il était un cas à part (Il était une fois dans l'Ouest est resté très longtemps comme le film étranger ayant fait le
plus d'entrée chez nous). Sollima lui, a eu beaucoup moins de chance puisqu'il a totalement disparu du monologue ! Il n'y a plus qu'un seul film de Corbucci qui soit cité car on ne peut
considérer le "Me casse pas les pieds avec ta révolution" comme une citation crédible de son "Mais qu'est-ce que je viens foutre au milieu de cette révolution ?". Le titre français était sans
doute trop long pour la syncho labiale. L'autre grand perdant c'est bien entendu Tomas Milian qui comme Sollima a complètement disparu alors qu'il était l'un des plus cité dans la VO. C'est comme
un symbole de la popularité de l'acteur dans les deux pays... On peut quand même regretter que certains film, pas si difficile à placer n'ont pas retrouver leur place ici. Ainsi, pourquoi ne pas
avoir dit "Attention je vais me facher" plutôt que "Disparais sinon je vais me fâcher sérieusement" ?
En conclusion, s'il était très difficile d'adapter parfaitement cette introduction, on peut globalement dire que les traducteurs se sont donné bien du mal pour rendre la VF cohérente et en phase
avec la VO. Cela démontre également que, lorsqu'on ne maîtrise pas parfaitement la langue, il est difficile de réellement apprécier certaines VO à leur juste valeur. Mêmes des sous-titres ne
peuvent retranscrire à 100% le fond du dialogue. C'est bien pour cela qu'un travail d'adaptation est toujours nécessaire et que le dicton "traduttore, traditore" ne peut être contourné.
L'important dans une adaptation n'est donc pas de tout retranscrire avec fidélité mais bien de garder l'idée principale en tentant, pourquoi pas, d'y ajouter son petit grain de sel. En effet,
quitte à perdre un ingrédient, autant tenter de compenser en y en ajoutant un autre. L'important étant de ne pas se laisser emporter en prenant une trop grande liberté qui puisse nuire au texte
original. Et ça, c'est pas toujours gagné !
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